Les qualités requises d’un bon leader selon Marshall
Le général George C. Marshall avait une idée très claire des qualités qu’il recherchait chez les officiers. Sa liste, en apparence banale, mérite d’être examinée de plus près.

Est-ce que le général George C. Marshall avait un « petit carnet noir » où étaient notés les noms des officiers prometteurs, afin de s’en souvenir pour de futures promotions ? Certains pensent qu’il ne s’agit que d’un mythe de l’armée. Aucun carnet n’a jamais été retrouvé, de même qu’aucun document ne certifie qu’il ait réellement existé. Et pourtant, Marshall avait une idée très claire des qualités qu’il recherchait lorsqu’il promouvait des officiers.
Ses idées sur les qualités qui font un bon leader ont eu un grand impact sur les généraux nommés pendant la Seconde Guerre mondiale, et sur la façon dont l’armée a envisagé la fonction de général durant plusieurs décennies. Dans une lettre écrite en novembre 1920, peu après sa nomination comme aide de camp du général John Pershing, chef d’état-major de l’armée, George C. Marshall dresse la liste des qualités d’un leader performant, dans l’ordre suivant :
- « du bon sens » ;
- « connaître son métier » ;
- « être fort physiquement » ;
- « être gai et optimiste » ;
- « faire preuve d’énergie » ;
- « être extrêmement loyal » ;
- « être déterminé ».
Au premier coup d’œil, cette liste ne paraît pas exceptionnelle, plutôt digne d’un boy-scout. Mais elle mérite d’être examinée de plus près. Tirant les leçons qu’il a apprises durant la Première Guerre mondiale, Marshall accorde de l’importance à la vigueur et écarte explicitement les officiers les plus âgés, en particulier le « général châtelain » qui abandonne rarement le confort de ses quartiers pour combattre dans les tranchées avec ses troupes. Marshall valorise l’homme qui veut être au cœur des choses.
Le caractère avant l’intellect
Marshall préfère les personnes de caractère aux intellectuels. Et c’est chez lui un processus tout à fait conscient : il ajuste son modèle aux circonstances particulières propres aux États-Unis. Quelqu’un de calme et pessimiste pourrait convenir à d’autres forces armées, dit-il, mais pas dans une nation démocratique qui, protégée par les deux grands océans de la planète, a tendance à mener une « politique de non-préparation » à la guerre.
En raison de cette tendance à toujours emmener des unités mal formées et mal équipées dans des batailles démoralisantes, il décide que les militaires américains doivent être des « personnes optimistes, pleines de ressources, pouvant rapidement estimer la situation avec une détermination sans faille et qui possèdent, de plus, un sacré bon sens, très utile pour éviter de faire de grosses erreurs lors des prises de décision et d’action rapides ».
Le contraire de ce type de leader, qui s’attache au côté négatif des choses, doit être écarté rapidement, selon Marshall. Les unités dirigées par ces « calamités », écrit-il avec un dégoût visible, sont « rapidement contaminées par ces mauvais esprits et deviennent improductives jusqu’à ce qu’un autre commandant soit nommé à leur tête ».
La liste de Marshall est aussi significative pour ce qu’elle omet de mentionner. Il a un avis mitigé en ce qui concerne les bagarreurs et les galants soldats de la cavalerie. Il souhaite des généraux qui combattent, et non des hommes imprudents dans leur manière de diriger ou qui discréditent l’armée par leur comportement personnel. « Parfois, on remporte une grande victoire grâce à une action magnifique, dit-il un jour. Mais souvent, ou le plus fréquemment, une action magnifique expose l’armée à un résultat fatal si elle ne remporte pas la victoire. Et vous risquez tout par ce choix. »
- Publié le :
- mercredi 1 octobre 2014





