Conférence de mobilisation de fonds à Paris : un succès précédé d’une frayeur
Pour financer son Plan national de développement et la deuxième phase de son Programme national de sécurité alimentaire, le Tchad cherchait 959 milliards de FCFA. Il en a obtenu 1 044.

Pour financer le gap de son Plan national de développement (PND) ainsi que celui de la deuxième phase de son Programme national de sécurité alimentaire (PNSA2), 959 milliards de FCFA étaient nécessaires. Une somme que la délégation tchadienne conduite à Paris par le Premier ministre, Kalzeubé Payimi Deubet, du 21 au 22 juin, a réussi à mobiliser. Mieux, les résultats ont été au-dessus des attentes. Mais beaucoup avaient vu l’ombre d’un échec se profiler à l’horizon.
Des retards de paiement des salaires des fonctionnaires, la mise en place d’une commission chargée de recouvrer les créances de l’État (présidée par le Premier ministre), la rumeur d’une dette contractée par le Tchad pour faire face à ses problèmes de trésorerie : l’ambiance qui prévalait dans le monde économique n’augurait rien de bon lorsqu’une forte délégation tchadienne devait se rendre à Paris pour mobiliser les fonds nécessaires au financement du PND et du PNSA2.
À Paris, c’est une délégation tchadienne forte d’un député, de deux représentants du secteur privé, de onze membres du gouvernement et de conseillers de la présidence et de la primature qui était présente. Au sein de la délégation, de source bien introduite, certains imaginaient les conséquences désastreuses qu’un échec pourrait générer — des perspectives à ne pas balayer d’un revers de main. Ceux-ci auraient proposé au chef du gouvernement de faire profil bas pour ne pas subir de plein fouet les conséquences d’un résultat mitigé, voire d’un échec. Mais ce dernier a préféré suivre son plan initial, confiant et rassuré par le travail abattu en amont par l’équipe pluridisciplinaire chargée de mobiliser ces fonds. La chancellerie tchadienne en France a joué un rôle considérable dans cette démarche.
Les économistes, aurait laissé entendre le chef du gouvernement, travaillent sur des faits et non sur des suppositions ou des rumeurs. Il n’y avait donc pas de raison que les bailleurs ne suivent pas le Tchad dans la mise en œuvre du Programme national de sécurité alimentaire et du Plan national de développement. Ainsi, la logique de départ a prévalu jusqu’à la clôture de la conférence de Paris, qui a abouti à 1 044 milliards de FCFA. Un succès pour le Tchad, une victoire aussi pour Kalzeubé Payimi Deubet.
Les clés du succès
Les indicateurs économiques sont au vert : une prévision de croissance du produit intérieur brut à deux chiffres pour 2014, le rétablissement des liens avec la Banque mondiale dans le cadre de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvres très endettés, la réforme des finances publiques, l’amélioration du climat des affaires, l’implication du secteur privé tchadien dans le financement de ces deux cadres de développement à hauteur de 6 milliards de FCFA. Autant d’éléments qui penchent en faveur du Tchad.
À ces éléments s’ajoute la carte sécuritaire, qui joue également en sa faveur. Dans un contexte où la bande sahélo-saharienne est en proie à l’instabilité, le Tchad a su préserver la stabilité sur son territoire national et n’a pas hésité à aller au-delà de ses frontières dans le cadre des opérations de maintien de la paix, de la prévention ou de la résolution des conflits. Les objectifs visés par la mobilisation de ces fonds expliqueraient aussi en partie la promesse de contribution de 1 044 milliards obtenue par le Tchad auprès des bailleurs de fonds.
La prochaine étape
Le succès de Paris, même s’il se dessine progressivement, n’a pas encore tous les contours qu’il faut pour être total et parfait. Après la phase des promesses, il faut transformer ces bonnes intentions en financements concrets. Pour cela, le suivi doit être assuré par les départements ministériels concernés. Un exercice décisif, dans la mesure où un résultat mitigé à ce stade provoquerait l’effondrement de toute la structure construite jusque-là. Le plus dur est certes derrière, mais le dernier obstacle à surmonter n’est pas des moindres.
- Auteur :
- Elvis Tabo
- Publié le :
- mardi 1 juillet 2014





